La télémédecine, vient d'être autorisée en France suite à un décret paru au JO le 22 octobre 2010. Le procédé, qui consiste en l'assistance par un médecin spécialiste d'un autre professionnel de santé à distance, permet d'assurer un suivi continu des soins et facilite le contact des spécialistes avec les patients. Toute l'infrastructure nécessaire à la bonne marche du projet reste cependant à mettre en place.

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Cette nouvelle pratique fait de plus en plus partie du quotidien dans les structures de soin. Le procédé a commencé avec "l'expertise à distance" de spécialistes dans des spécialités de pointe, à l'hôpital. Depuis de nombreuses années, des médecins de différentes disciplines peuvent, à distance, se concerter, mettre en commun leurs savoirs, le tout avec un lien direct avec le médecin traitant. Aujourd'hui cet usage s'est largement répandu dans les hôpitaux et les autres structures de soins et concerne désormais la quasi-totalité des pratiques médicales nécessitant une compétence technique.

L'assistance à la consultation est réalisée à l'aide d'une caméra, d'un micro et d'un système pour relayer les informations au praticien aidé. Le spécialiste est lui équipé d'un casque avec écouteurs et micro et d'un ou plusieurs écrans vidéos. Un écran affiche l'image relayée par la webcam, le spécialiste a la possibilité de focaliser la vidéo sur une zone déterminée du patient puis de zoomer. Un autre affiche les données transmise par un éventuel appareillage médical (un électrocardiogramme par exemple), enfin, un troisième écran permet au médecin de consulter le Dossier Médical Partagé (DMP) du patient. Même si l'ensemble est sécurisé et facile d'utilisation, l'impossibilité pour le médecin d'ausculter son malade en le palpant reste problématique. Dans le cas où un membre du corps médical n'est pas présent auprès du malade, des infirmiers secondent le praticien spécialiste et agissent selon ses recommandations.

Ces nouvelles pratiques consiste en l'intervention d'un professionnel de santé (généralement un médecin spécialiste) auprès d'un autre (médecin, infirmière...) qui réalise un acte médical ou chirurgical ou doit prendre une décision diagnostique ou thérapeutique. L'acte ou le diagnostic est ainsi réalisé à distance sous contrôle d'un expert. Ces pratiques ont dès à présent montré leur intérêt dans les actes de dialyse par exemple ou encore dans le traitement des AVC à distance par des neurologues experts. Un autre exemple est la surveillance des stimulateurs cardiaques pacemakers ou défibrillateurs implantés dans l'organisme des malades, assurée à distance par des cardiologues. En cardiologie, dans de nombreux cas, la méthode s'est avérée aussi sûre qu'un contrôle régulier en consultation et le nombre de consultations de routine a diminué.

La télémédecine concourt également à la prévention des complications de pathologies, en organisant le suivi des malades à leur domicile. C'est par exemple le cas pour le suivi des diabétiques ou pour ceux souffrant d'apnées du sommeil. Le procédé assure un gain de temps et un confort de vie précieux pour les dialysés dont l'insuffisance rénale nécessite une opération de dialyse de plusieurs heures réalisée plusieurs fois par semaine. Le procédé s'adapte à toute pathologie nécessitant un contrôle appareillé permanent. En revanche, le patient ne peut pas de prime abord consulter son médecin via sa webcam et internet et recevoir en retour une ordonnance par e-mail. En effet, dans ce dernier cas, la confidentialité des données ne pourrait pas être correctement assurée et l'examination du patient serait très limitée. La "télé-consultation" n'est donc pas envisageable pour le moment.

La médecine ambulatoire ou encore les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ou les établissements pénitentiaires bénéficieront bientôt de cette alternative à la consultation médicale traditionnelle.

L'objectif est de répondre à la désertification médicale qui sévit dans certaines régions mais aussi d'améliorer le suivi des malades souffrant de maladies chroniques ou de handicaps. La télémédecine devrait permettre d'assurer une continuité des soins à domicile, de prévenir les complications et de limiter ainsi les hospitalisations.

Cependant, cette innovation ne pourra réellement émerger qu'avec la généralisation du Dossier Médical Partagé et l'installation des infrastructures nécessaires. A ce titre, les Agences régionales de santé (ARS) remettront prochainement au gouvernement un programme de télémédecine tenant compte des besoins de chaque région. De plus, un système de rémunération reste à mettre en place pour ces actes médicaux avec une tarification précise et peut-être un paiement au forfait pour la surveillance à domicile. Enfin, le partage de responsabilité en cas de problèmes entre les différents intervenants médicaux reste à éclaircir.

L'Assurance-maladie tente pour le moment de freiner le projet, craignant une augmentation du recours aux spécialistes et une multiplication des examens coûteux. Les associations de malades craignent de leur côté une déshumanisation des soins avec un changement de la nature de la relation entre le médecin et son patient. Il s'agit cependant d'une démarche novatrice qui pourrait, à terme, bouleverser l'organisation des soins.

 le 26/01/2011